19 panneaux 59,4 x 84 cm, accrochés dans un seul espace. Une bande son en boucle sur Compact-disc est diffusée dans le même espace. Effet sonore : enregistrement de vent synthétique réalisé avec synthétiseur analogique EMS (Electronic Musical Studio ) modèle VCS3.
Chaque panneau mentionne :
- Le nom d’un artiste suivi de l’année et du lieu de naissance ( toutes nationalités confondues), son lieu de résidence, un résumé sous forme de citation qui définit sa démarche en tant que plasticien.
- La photo de l’artiste en noir et blanc
- Un texte présentant l’œuvre, la démarche et l’historique de l’artiste.
- 2 photos (ou plus ) des œuvres, présentées séparément ou lors d’expositions, avec référence de l’année de création, nom de la galerie (ou du musée ) et lieu.
La particularité de ces re-présentations de plasticiens contemporains est de ne faire référence à aucun individu, aucune démarche, ni aucune œuvre existante. Ces portraits sont purement virtuels. Le nom, l’origine, la photo recomposée à partir d’éléments visuels reconstitués, sont réalisée à partir de logiciels de retouche photo. Même le texte avec ses références, est purement imaginaire. Il ne se rapporte donc à aucune œuvre. Toutes les représentations ne sont que des montages. Les œuvres présentées en exposition ont été réalisées à partir de détourages de photos prises dans des galeries, redimensionnées et modifiées à l’intérieur desquelles on a placé des objets fictifs. Les noms des galeries et des musées sont également imaginaires.
La démarche consiste à créer une interrogation sur le statut de l’artiste considéré à son tour comme objet et non plus comme acteur. Elle souligne le décalage entre le travail réalisé pour construire une œuvre (et une carrière) – et la considération réelle de l’œuvre et de la vie de l’artiste, vues et lues à travers le filtre de médias sur-markétisés et sur-saturés d’informations, d’images, et de pressions continues d’institutions dont les représentants finissent quelquefois par se substituer aux créatifs.
L’art virtuel. La fabrique d’artistes ( the Artist Factory )
La démarche consiste ici à « fabriquer » des Artistes comme on crée une œuvre. Que faut-il en effet pour présenter un artiste dans la presse spécialisée ou dans les catalogues ?…
Et plus que de fabriquer des artistes, on fabrique ici des « carrières artistiques ». Chaque plasticien virtuel propose une tendance que l’on peut prétendre « nouvelle ». Ainsi, besoin de nouveauté, besoin de présenter rapidement à la presse des personnalités originales et inédites, besoin également de rapidité… conduisent à mettre en place une forme d’art soumis entièrement aux exigences des médias et d’un consumérisme qui ne s’attarde plus sur la pérennité de l’objet et de l’individu.
L’avantage de cet état de fait consiste également à imaginer une chaîne de production, de médiatisation et de promotion de l’individu – sans l’individu – qui constitue la plupart du temps un frein à la mise en place de structures censées le mettre en valeur. On fait abstraction de son « moi », générateur de crises d’ego et de tensions entre les divers acteurs de sa promotion (galeriste, journaliste, rédacteur… etc)
Historiquement, cette démarche s’inscrit dans l’évolution de l’art contemporain depuis Duchamp et Warhol. En effet, Marcel Duchamp invente le « ready made » en 1914 et désacralise l’œuvre d’art en inaugurant « la révolution esthétique ». Andy Warhol duplique l’œuvre en utilisant la possibilité de répliquer l’objet à l’infini, répondant ainsi aux exigences de la société de consommation.
Cette démarche prend la suite et franchit une nouvelle étape.
Devant la multiplicité des œuvres d’art, devant les problèmes de stockage et de conservation à long terme des œuvres d’art. Devant également l’émergence de nouvelles technologies liées à l’informatique et à l’utilisation de loisirs construits atour de simulations ( film 3D, jeux vidéo, musique samplée…etc), la création artistique peut répondre à cette attente.
Conclusion : Cette démarche inaugure la possibilité pour les médias tout-puissants d’être devenus des créateurs de réalité et non plus des témoins.